Le syndrome de l’imposteur

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours cohabité avec le sentiment qu’on me démasquerait, que les gens autour de moi se rendraient compte de la supercherie, bref qu’on verrait enfin que je suis une imposteur. Petite, alors que je pratiquais chaque soir mon piano et que je bûchais fort sur mes « fuckings » pièces de Bach (parce que oui quand t’as 10 ans, jouer du Bach c’est pas ce qui a de plus cool au monde) j’angoissais à l’idée de me retrouver avec d’autres enfants musiciens de peur qu’on remarque mon absence de talent. Je me sentais comme une fausse vraie pianiste malgré le fait que je maitrisais pourtant ces maudites pièces.

Devenue adolescente, j’ai longtemps senti que j’étais différente des autres, et je ne parle pas de mon look directement copié sur les Spice Girls (oui, oui les talons plates-formes, les jupes à paillettes pis toute pis toute). Dans toute la complexité qu’est l’adolescence, je me préoccupais sans arrêt de ce que je ferais de ma vie, que je voulais à tout prix réussir et atteindre mes objectifs. Je ne « fittais » pas toujours dans le moule et bien souvent on me croyait snob parce que déjà, je rêvais grand. J’essayais donc trop souvent de me fondre dans la masse pour ne pas avoir l’air de l’intruse du groupe… et je dois avouer qu’à mon grand désarroi, j’étais TOUTE SAUF INVISIBLE (parce qu’un look de spice girls, ça se voit de très loin).

Puis à 19 ans, sans aucune crainte, ni même questionnement, je me lançais en affaires. De toute ma naïveté sans savoir par où commencer, je concrétisais un grand rêve. Lorsque les gens me demandaient ce que je faisais dans la vie, je répondais souvent : j’ai une petite école de musique. Je craignais le regard des parents de mes élèves qui m’observaient d’un air suspicieux en lisant très bien dans leurs yeux : « C’est toi l’adolescente qui va enseigner à mon enfant? ». Bien que de nature habituellement fonceuse, je ressentais tout le poids du monde en me répétant : « ils ont raison… je suis une « charlatan ». Ils vont voir que je n’ai aucune expérience en enseignement et en gestion ». Pourtant, mon projet a grandi et les clients se sont multipliés. J’ai réalisé, il y a quelques temps, que j’employais encore les mêmes termes lorsqu’on me demandait de parler de mon travail et que malgré ma feuille de route, j’avais encore une petite école de musique… comme si c’était mal, comme si j’oubliais à quel point j’avais travaillé fort, comme si j’avais seulement réussi un passe-temps quelconque en attendant d’avoir une « vraie job ».

Dernièrement, je suis allée à un colloque de femmes entrepreneures. J’ai toujours admiré le succès et le chemin à emprunter pour y arriver. J’ai toujours trouvé inspirant les gens qui réussissent. Je regardais autour de moi toutes ces femmes d’affaires belles, intelligentes et sûres d’elles et soudain j’ai eu une illumination : je suis moi-même une femme d’affaires! En ce moment même, vous devez sans doute trouver cette situation tout à fait futile et anecdotique, pourtant je n’en avais jamais réellement pris conscience, trop emprisonnée dans mon syndrome de l’imposteur. J’étais très fière de ce que j’avais accompli, mais j’éprouvais encore un malaise à expliquer ce qu’est mon travail de peur de ne pas être prise au sérieux. Je crois que c’est d’ailleurs typiquement féminin ce manque d’assurance, ou ces barrières qu’on aime trop souvent positionner autour de nous. J’envie les hommes qui ont cette capacité à assumer pleinement qui ils sont. Je pense aussi que cela va au-delà du simple manque de confiance en soi. Je sais pertinemment et en toute humilité que je suis une personne forte et déterminée, mais de peur de ne pas être assez pertinente, pas assez qualifiée ou pas assez bla-bla-bla (nommer ici tous les autres adjectifs qui vous interpellent) je me suis souvent imposé mes propres limites. Cette époque est cependant révolue.

À partir de maintenant, fini le sentiment d’infériorité, fini de douter de qui je suis : je ferai désormais taire cette petite voix qui remet sans arrêt en question mes choix et mes décisions. Je ferai confiance à mon instinct, surtout je ME ferai confiance. On est souvent notre pire ennemie, mais il est également possible de devenir sa meilleure amie. Donc, je me présente : Je m’appelle Mélissa Normandin Roberge et je suis la directrice de la GRANDE école de musique les Maestros. J’ai accompli des choses formidables depuis quelques années qui me rendent très fière. Je ne suis pas la meilleure chanteuse au monde, mais je suis une bonne prof passionnée qui aime ses élèves de tout son cœur. La comptabilité n’est vraiment pas mon fort, mais je suis innovatrice, créative et vraiment très drôle… dans ma tête le plus souvent, mais avec un ou deux verres de vin, je peux te faire un show d’humour « su’l side ». Je suis ben exigeante avec mon entourage et moi-même, mais je serais prête à revirer le monde à l’envers pour les gens que j’aime. Et surtout, je ne suis pas une imposteur… je suis une VRAIE femme d’affaires.

Soyez fière de qui vous êtes, n’ayez pas peur de repousser les limites et osez… toujours…

Trere are 6 comments on this post

  1. Lisette Parent 2 février 2015, 10 h 34 min

    Bravo Mélissa pour ce beau témoignage !
    Tu as les bonnes valeurs pour réussir et aller très loin .
    Bonne route !!!

    • Mélissa 11 février 2015, 20 h 02 min

      Merci beaucoup Mme Parent! C’est très gentil!

  2. Steve Trudel 2 février 2015, 11 h 11 min

    Wow…quel texte inspirant !!! J’adore !!! Assume ta “grandissimitée” totalement, et ignore les détracteurs !!! Bonne continuitée !!!

    • Mélissa 11 février 2015, 20 h 03 min

      Merci Steve!

  3. Michèle Lafontaine 3 février 2015, 9 h 36 min

    Bravo Mélissa pour ton article qui témoigne si bien de ton parcours pour en arriver à assumer tes aspirations. Et Félicitations pour l’école Les Maestros que tu diriges avec générosité et passion. Tu rends beaucoup de gens heureux!

    • Mélissa 11 février 2015, 20 h 04 min

      Merci Michèle, tu as toujours les bons mots! Très heureuse de vous côtoyer!

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